Bruno VANDER ELST                                                                        Toulouse, le 30.03.88
5 cheminement F. Mauriac
31100 TOULOUSE

Monsieur le Directeur,


Je me permets de vous faire parvenir, ci-joint, ma lampe CLAUDEFAR 100 W qui vient dans un rale poignant, de rendre l'âme, après quelques milliers d'heures de bons et loyaux services.

Depuis quelques années, ma lampe et moi vivions une véritable histoire d'amour... Elle a éclairé mes longues soirées d'hiver ; elle était une compagne agréable, brillant dans mon salon mieux que Louis XIV à sa cour.

En fait, au fil des années, je m'y étais attaché et sa brutale disparition assombrit ma vie.

Je vis maintenant dans un " black-out " total, et, ruminant ma peine, je cherche à comprendre les causes du décès de ma chère ampoule.

Elle s'est éteinte si brutalement... On aurait dit que sa vie ne tenait qu'à un fil !

Pourtant, tout le monde connaît la qualité de vos produits... Ils seraient faits en tungstène, ils ne seraient pas plus solides !

Enfin, me laisser tomber comme ça, elle a du culot ! ! !

Cela ne peut être l'âge ! Ma belle-mère - moins lumineuse, il est vrai - a déjà bien plus que 3 ou 4 000 heures de fonctionnement… et, hélas, celle-ci est toujours opérationnelle.

Bref, je reste dans le noir, et ne trouve pas de réponse à mes questions.

C'est pourquoi, je me permets de faire appel à vos lumières. Peut-être avez-vous une explication à me fournir ?

Enfin, et c'est le but de ma lettre, vous l'aviez compris déjà, j'aimerais que vous puissiez me réparer ma lampe. Bien sûr, je paierai ce qu'il faudra ! (faites-moi un devis avant tout de même !).

Des électriciens consultés, qui ne cherchent que le profit, et qui ne comprennent rien aux sentiments, ont essayé de me vendre une autre ampoule ! Quelle indélicatesse ! Il est vrai que nous vivons dans un monde où l'on ne répare plus... On change ! Quel gâchis !

J'arrête ici mon courrier pour qu'il soit bref (j'ai horreur du style ampoulé). J'espère que vous pourrez apporter une réponse favorable à ma demande. Je vous promets, si vous pouvez me la réparer, de prendre soin de ma lampe rajeunie et, croyez-moi, je suis prêt à lui serrer la vis si elle menace de me quitter.

Dans l'attente d' une réponse, et en vous remerciant par avance de votre compréhension,

je vous prie de croire, Monsieur le Directeur, à l'expression de mes respectueuses salutations.

 

Bruno VANDER ELST


              voici la réponse :

                                                                                                         Mr Bruno VANDER ELST
                                                                                                         5 cheminement F. Mauriac

                                                                                                         31100 - TOULOUSE
N/Réf SAV
V/Réf MG/JD/CT

                                                                                          Le 12 AVRIL 1988

Monsieur,

Nous accusons par la présente bonne réception de votre courrier en date du 30 mars 1988 et de la lampe qui 1' accompagnait.

Nous avons le regret de vous dire que cette lampe est décédée d'une mort naturelle ; on peut dire qu'elle s'est éteinte sans souffrir vu son grand âge.

Permettez-nous de vous faire remarquer que nous aurions peut-être pu lui faire subir une transplantation d'organe ce qui lui aurait donné une nouvelle jeunesse. Mais, cela aurait été délicat et serait revenu fort cher. Auriez-vous eu une mutuelle disposée à prendre en charge une telle opération ?

Vous avez évoqué une durée de fonctionnement de plus de 3.000 heures ce qui constitue certainement un age honorable pour une telle lampe, dont la durée de vie est de l'ordre de 1.000 heures.

Mais pour reprendre votre comparaison entre cette ampoule et votre belle-mère, il semble évident que vous n'avez pas dû (on ne sait pourquoi...) prendre de la première le même soin que de votre parente (une telle lampe s'entretient aussi).

Cela dit, au moment de l'autopsie, nous avons trouvé qu'elle renfermait un petit corps : la fille de cette lampe que nous vous faisons parvenir en ne doutant pas qu'elle aura la même longévité que sa mère.

Vous en souhaitant bonne réception et espérant vous donner satisfaction, nous vous prions d'agréer, Monsieur, l'expression de nos sentiments distingués.


M. GEORGET